Dynamique des facteurs durant le cycle
AUTEURS
Jed Stocks, CFA
Gestionnaire de portefeuille
Jeffrey D. Morrison, CFA
Gestionnaire de portefeuille institutionnel
Nathan G. Bryant
Associé en recherche quantitative
En résumé
- Notre analyse de la dynamique des facteurs durant tout le cycle économique aux États-Unis indique que les fluctuations de l’activité et les phases du cycle peuvent influer sur la performance des facteurs.
- Nous utilisons un indicateur bien établi et très suivi, l’indicateur composite avancé (ICA) de l’OCDE pour les États-Unis, pour définir les cycles économiques.
- Pour l’horizon temporel analysé, l’OCDE distingue quatre phases – reprise, expansion, infléchissement et ralentissement – dont l’ampleur et la durée sont variables.
- Notre analyse illustre la performance de certains facteurs de placement importants tels que l’évaluation, le momentum, la taille et la faiblesse de la volatilité, selon les conditions économiques et de la phase du cycle.
Nombre de facteurs de placement bien connus ont montré qu’ils pouvaient contribuer durablement aux rendements. Des recherches empiriques démontrent qu’à court et à moyen terme, différents attributs (ou facteurs), styles et secteurs fondamentaux interviennent aux différents points du cycle économique américain. La présente analyse de la dynamique du cycle met en lumière l’interaction entre les variables macroéconomiques et les catalyseurs de performance, la résistance de certains facteurs durant le cycle et leur degré de corrélation avec les autres facteurs.
Nous illustrons notre analyse des quatre phases du cycle à l’aide des données mensuelles de février 1995 à mars 2026 de l’indicateur composite avancé de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour les États-Unis.
Phases délimitées lors de l’analyse
Les résultats de notre analyse sont en grande partie conformes à l’intuition; ils correspondent aux conditions normales d’appétit ou d’aversion pour le risque que cernent les autres méthodes servant à définir le cycle économique américain. Chaque cycle économique aux États-Unis comporte quatre phases distinctes :
- Reprise – l’indice est inférieur à 100, mais tend à la hausse.
- Expansion – l’indice tend à monter et est supérieur à 100.
- Infléchissement – l’indice est supérieur à 100, mais tend à la baisse.
- Ralentissement – l’indice est inférieur à 100 et tend à baisser encore.
Tous les cycles partagent des similitudes, mais chacun est unique. L’ICA de l’OCDE pour les États-Unis montre que les phases du cycle ne se présentent pas toujours dans le même ordre. Il comporte également des cycles plus courts qui peuvent intervenir au cours d’un cycle complet. Il est probable que les politiques en matière de taux de la Réserve fédérale des États-Unis ont joué un rôle important sur le déroulement du cycle.
Nous avons calculé la performance de neuf grands facteurs de placement au cours de ces cycles passés, comme définis par l’ICA de l’OCDE. La description complète de chaque facteur se trouve à la fin du présent document.
Rendement en dividendes – dividende annuel par action divisé par le cours de l’action
Révisions des bénéfices – révisions des bénéfices prévisionnels pour les 12 mois à venir
Endettement – ratios capitaux d’emprunt/capitaux propres et actif/capitaux propres; ratios de liquidité générale, de liquidité relative et de couverture des intérêts
Faible volatilité – écart-type du rendement total sur divers horizons temporels
Bêta du marché – volatilité du rendement d’une action par rapport au rendement du marché
Progression du cours – rendement total d’une action sur les 12 derniers mois, moins le rendement total du dernier mois
Rentabilité – bénéfices en pourcentage de l’actif et des capitaux propres; ratios des marges brute, nette et d’exploitation; rendement du capital investi
Taille – capitalisation boursière de l’entreprise
Évaluation – ratios cours/valeur comptable et cours/bénéfice; dividendes; flux de trésorerie disponibles; ratio bénéfice/cours
Il existe plusieurs mesures pour évaluer la performance passée de chaque facteur aux différentes phases du cycle économique. Dans notre analyse, nous avons eu recours au rendement moyen, à la statistique t ajustée et aux taux de succès de ces facteurs pour déterminer les phases au cours desquelles ils étaient favorables ou défavorables. La figure 2 montre, à gauche, les facteurs dont le rendement a été le plus solide au cours des phases de reprise et d’expansion (bêta du marché, petite capitalisation boursière et évaluation) et, à droite, ceux dont le rendement a été le plus vigoureux au cours des phases d’infléchissement et de ralentissement (faible volatilité, rentabilité et progression des cours).
Les facteurs ont tour à tour été vigoureux à mesure que l’économie américaine traversait les différentes phases du cycle.
La figure 2 schématise le cycle aux États-Unis et la performance des divers facteurs. Le graphique montre bien que les facteurs ont tour à tour été vigoureux à mesure que l’économie américaine traversait les différentes phases du cycle.
La figure 3 nous permet de tirer les conclusions suivantes :
- Au cours d’une phase de reprise typique, ce sont le bêta du marché, la petite capitalisation et l’évaluation qui se comportent le mieux, et c’est la rentabilité qui inscrit le moins bon rendement moyen.
- Au cours d’une phase d’expansion typique, la valeur, la progression des cours et les révisions des bénéfices inscrivent un solide rendement moyen, tandis que la faible volatilité correspond au rendement moyen le plus bas.
- Au cours d’une phase d’infléchissement typique, ce sont les révisions des bénéfices, la progression des cours et la faible volatilité qui se comportent le mieux, tandis que le bêta du marché inscrit le rendement moyen le plus faible.
- Au cours d’une phase de ralentissement typique, la faible volatilité, la rentabilité et la valeur affichent le rendement moyen le plus élevé, tandis que le bêta du marché et l’endettement ont le rendement moyen le plus bas.
Les résultats de notre analyse brossent un portrait des cycles économiques historiques aux États-Unis et posent les bases d’une explication de la performance passée des facteurs de placement.
Principaux points à retenir de notre analyse
- Il existe une relation évidente entre le cycle économique aux États-Unis et la performance des facteurs.
- Pour certains facteurs, le rendement moyen durant la phase de ralentissement est plus extrême (en positif ou en négatif) qu’au cours des autres phases.
- Une analyse comme celle-ci peut contribuer à caractériser la conjoncture économique et à expliquer le comportement cyclique des facteurs.
Les investisseurs doivent être conscients des dissociations possibles entre les facteurs et les indicateurs économiques qui ne manquent pas de se produire au fil du temps.
Les résultats de notre analyse brossent un portrait des cycles économiques historiques aux États-Unis et posent les bases d’une explication de la performance passée des facteurs de placement. Le cadre de cette analyse nous servira de base pour la rédaction d’autres articles dans lesquels nous étudierons chaque facteur plus en détail.
Hypothèses et méthodologiesLes indicateurs composites avancés (ICA) de l’OCDE sont des groupes de séries temporelles qui entretiennent une relation raisonnablement constante avec la série de référence du cycle économique d’un pays donné, à savoir le PIB. Les ICA sont établis par regroupement des séries composantes, qui sont sélectionnées en fonction de plusieurs critères : signification économique, comportement cyclique, qualité des données, etc. Le processus de sélection en plusieurs critères fait en sorte que les ICA de l’OCDE signalent à l’avance les points de retournement de la série de référence, même s’ils ne conviennent pas nécessairement pour faire des prévisions quantitatives (voir le système des ICA de l’OCDE). Les ICA sont compilés et publiés par l’OCDE sur une base mensuelle. La création de l’indicateur remonte aux années 1970. Depuis lors, il s’est imposé en tant que mesure communément répandue des mouvements économiques. Chaque série est conçue de façon à refléter l’écart de production, c’est-à-dire la différence entre le PIB effectif et le PIB potentiel, exprimée en pourcentage du PIB potentiel. L’indicateur signale les points de retournement de l’activité économique. Les points de retournement sont définis en fonction d’une valeur de base de 100, fixée au début de la période analysée; les phases du cycle, elles, sont délimitées en fonction de l’écart positif ou négatif par rapport à cette valeur de base ainsi de l’orientation générale de la tendance. Facteurs de placement : définitionsÉvaluation : moyenne équipondérée des facteurs suivants Ratio valeur comptable/cours par action Ratio de la valeur comptable de l’entreprise (égale à la somme des capitaux propres et du solde des résultats non distribués figurant à l’état des résultats) sur le cours de l’action. Ce facteur est l’une des mesures les plus efficaces de la valeur intrinsèque de l’action d’une entreprise. Ratio bénéfice/cours Bénéfice annuel (après déduction de l’amortissement des immobilisations incorporelles et des charges et produits exceptionnels) par action divisé par le cours de l’action. Ce facteur mesure la valeur de l’action d’une entreprise en fonction de la capacité de cette dernière à soutenir chaque action à l’aide du bénéfice après impôt. Rendement des flux de trésorerie Flux de trésorerie par action annuels divisés par le cours de l’action. Ce facteur est lié au ratio bénéfice/cours, mais il englobe également d’autres éléments : l’amortissement des immobilisations corporelles et incorporelles et les provisions pour passifs différés. Il vise à mesurer la trésorerie disponible de l’entreprise, qu’il exprime en multiple du cours de l’action; il constitue un critère d’évaluation fondé sur les flux de trésorerie sur lesquels l’entreprise peut compter. Ratio chiffre d’affaires/cours Chiffre d’affaires net par action divisé par le cours de l’action. Ce facteur mesure la valeur de l’action d’une entreprise en fonction du volume des ventes annuel qui soutient les activités. Bien des analystes le considèrent comme un facteur d’évaluation moins susceptible que les autres d’être manipulé; il est toutefois moins représentatif de l’ensemble des activités d’une entreprise. BAIIA par rapport à la valeur de l’entreprise Cette mesure est utilisée pour évaluer le rendement du capital investi (RCI) d’une société en comparant son bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (BAIIA) à sa valeur d’entreprise (VE). Rendement du bénéfice projeté Bénéfice par action projeté pour l’année suivante faisant consensus, divisé par le cours de l’action. Rendement des flux de trésorerie disponibles Excédent des flux de trésorerie annuels par action sur les dépenses d’investissement par action, divisé par le cours de l’action. Les flux de trésorerie disponibles correspondent aux liquidités dont dispose l’entreprise après les dépenses d’entretien et de renouvellement des immobilisations corporelles. Progression du cours Mesure composée selon le rendement total élevé sur un an et six mois. Rentabilité : moyenne équipondérée des facteurs suivants Rendement des capitaux propres Bénéfice net avant les dividendes sur les actions privilégiées, divisé par la valeur comptable des capitaux propres attribuables aux actions ordinaires. Le rendement des capitaux propres est une mesure de la rentabilité de l’exploitation de l’entreprise, exprimée par rapport au total des capitaux propres de l’entreprise. Comme le rendement des capitaux propres multiplié par le taux de réinvestissement (c’est-à-dire la partie des profits qui n’est pas versée aux actionnaires sous forme de dividendes, mais réinvestie dans l’entreprise) correspond au taux de croissance garanti de l’entreprise, il sert souvent à mesurer le potentiel de croissance de cette dernière. Rendement du capital investi {Bénéfice net + ([intérêts sur les emprunts – intérêts incorporés à l’actif] * [1 – taux d’imposition])} / moyenne de (capital total + dette à court terme + partie courante de la dette à long terme) de l’exercice et de l’exercice précédent. Le rendement du capital investi (aussi appelé « rendement du capital ») mesure la rentabilité d’une entreprise en fonction de son bénéfice d’exploitation par rapport au capital total investi par l’entreprise. Rendement de l’actif {Bénéfice net + ([intérêts sur les emprunts – intérêts incorporés à l’actif] * [1 – taux d’imposition])} / moyenne du total de l’actif de l’exercice et de l’exercice précédent. Le rendement de l’actif d’une entreprise mesure l’efficacité opérationnelle de celle-ci, exprimée par les profits que le total de l’actif a permis de dégager. Il s’agit d’une mesure de l’efficacité dont fait preuve la direction dans l’utilisation des actifs pour dégager un bénéfice d’exploitation. Ratio de la marge brute Marge bénéficiaire brute divisée par le chiffre d’affaires net. La marge brute est parfois une mesure de la rentabilité économique réelle d’une entreprise plus parlante que le bénéfice ou les flux de trésorerie disponibles, car elle ne retranche pas certaines dépenses qui peuvent en réalité accroître l’avantage concurrentiel de l’entreprise ou sa capacité de production, par exemple les charges publicitaires, les coûts de recherche et de développement ou les dépenses d’investissement. Ratio de la marge d’exploitation Résultat d’exploitation divisé par les produits d’exploitation. Ce ratio mesure la rentabilité de l’entreprise en fonction de son résultat avant intérêts et impôts. Rendement en dividendes Dividende annuel par action divisé par le cours de l’action. C’est une mesure de la valeur de l’action de l’entreprise en fonction du revenu en dividendes provenant des actions détenues. Révisions des bénéfices Calculées comme la variation en pourcentage de l’estimation du revenu moyen pour les 12 prochains mois, selon une moyenne pondérée d’un exercice donné et des révisions des estimations de l’exercice suivant. Endettement : moyenne équipondérée des facteurs suivants Ratio capitaux empruntés/capitaux propres Total de la dette en pourcentage du total des capitaux propres ordinaires. Ce ratio mesure l’endettement, ou l’effet de levier, qui est une dimension particulière du risque associé au cours de l’action. Plus ce ratio est élevé, plus les fluctuations de la santé financière d’une entreprise risquent de se répercuter sur le versement des dividendes. L’influence de ce critère est cependant hautement tributaire de plusieurs considérations particulières, comme certaines caractéristiques sectorielles ou la sensibilité aux taux d’intérêt. C’est pourquoi il est pris en compte séparément des autres mesures du risque. Ratio actif/capitaux propres Total de l’actif divisé par les capitaux propres ordinaires. Ce ratio est un indicateur de la proportion des emprunts employés pour financer l’entreprise. Ratio de couverture des intérêts (hors institutions financières) Bénéfice avant intérêts et impôts (BAII) divisé par les intérêts sur l’encours de la dette de l’exercice précédent. Ce ratio mesure la facilité pour l’entreprise à assurer le service de la dette. On ne calcule pas ce ratio pour les institutions financières. Faible volatilité : moyenne équipondérée des facteurs suivants Bêta du marché « Coefficient de la pente », noté β, correspondant à la régression simple suivante : rendement mensuel de l’action = a + β * rendement mensuel du marché + erreur aléatoire. La régression est extrapolée sur des périodes de 36 mois. Lorsqu’il est impossible d’obtenir des informations suffisantes, on présume que β = 1. Volatilité sur 3 ans Écart-type des rendements totaux des 3 derniers mois, exprimé en pourcentage annualisé. Volatilité quotidienne sur 1 an Écart-type des rendements totaux quotidiens de la dernière année, exprimé en pourcentage annualisé. Capitalisation boursière (faible) Capitalisation boursière à la clôture précédente. |
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La diversification ne garantit pas un gain ou une protection contre les pertes. Le rendement passé n’est pas garant du rendement futur.