Titres à revenu fixe des marchés émergents : De l’argument tactique à l’argument stratégique
Authors
BENOIT ANNE
Directeur général, Groupe
des stratégies et analyse
WARD BROWN
Gestionnaire de portefeuille
de titres à revenu fix
KATRINA UZUN
Gestionnaire de portefeuille
institutionnel
Les titres de créance des marchés émergents sont devenus une composante stratégique des portefeuilles de titres à revenu fixe mondiaux, ce qui témoigne d’un changement fondamental dans le contexte macroéconomique mondial et les caractéristiques sous-jacentes de cette catégorie d’actif.
Cette transformation est alimentée par trois changements structurels:
- Une augmentation du risque macroéconomique dans certains marchés développés
- Une amélioration des données fondamentales et de la crédibilité institutionnelle dans les marchés émergents
- Les titres de créance des marchés émergents s’imposent comme un instrument de diversification de portefeuill
À une époque où les risques mondiaux sont plus vastes, plus complexes et moins confinés sur le plan géographique qu’au cours des cycles précédents, les titres de créance des marchés émergents sont de plus en plus positionnés comme une source de diversification à long terme, plutôt que comme une simple répartition qui améliore le rendement.
Notre philosophie de placement reflète cette évolution. Nous croyons que les titres à revenu fixe des marchés émergents devraient être traités comme une répartition stratégique et que la gestion active, combinée à une saine gestion du risque, peut améliorer les avantages des titres de créance des marchés émergents et générer un rendement excédentaire au cours de plusieurs cycles de marché.
Un changement de régime : les marchés développés sont une source croissante de volatilit
Le contexte macroéconomique mondial connaît un changement important. Même si les marchés développés ont toujours été perçus comme le point d’ancrage de la stabilité du système financier mondial, ils sont de plus en plus une source de volatilité macroéconomique accrue. Les tensions commerciales, l’incertitude élevée entourant la politique monétaire, l’alourdissement du fardeau budgétaire et l’inflation persistante ont entraîné d’importantes fluctuations des taux et des écarts de taux. Par conséquent, les investisseurs réévaluent la concentration du risque intégrée aux portefeuilles de titres à revenu fixe fortement axés sur les marchés développés.
L’un des thèmes centraux de cette réévaluation est l’inquiétude croissante à l’égard de la durabilité de la dette dans les économies des marchés développés. La hausse des coûts d’intérêt, les déficits budgétaires persistants et l’augmentation des obligations liées aux dépenses des programmes sociaux ont intensifié l’attention portée à la situation financière des gouvernements aux États-Unis, en Europe et au Japon. Les contraintes politiques liées à l’assainissement des finances publiques compliquent davantage les perspectives. Ces dynamiques remettent en question l’hypothèse de longue date selon laquelle les titres de créance souverains des marchés développés présentent intrinsèquement un faible risque et soulèvent des questions au sujet de la volatilité future, des trajectoires des cotes et de la crédibilité des politiques monétaires. Comme le montre la figure 1, la gestion budgétaire est devenue un problème majeur dans les pays du G7, les États-Unis affichant l’une des perspectives budgétaires les plus difficiles des marchés développés.
En revanche, les données fondamentales des marchés émergents se sont considérablement raffermie
Fait important, les marchés émergents entament cette phase du cycle dans une position plus solide qu’auparavant. Des années de gestion budgétaire prudente, la réduction de la dépendance aux emprunts en monnaies étrangères et le resserrement des soldes externes ont permis à plusieurs émetteurs souverains des marchés émergents d’être mieux placés pour absorber les chocs externes. Nous croyons que l’ajustement budgétaire des marchés émergents se poursuivra (figure 2). Les cadres de ciblage de l’inflation sont mieux établis et, en réaction à l’inflation post-pandémique, les banques centrales de nombreux pays émergents ont resserré leur politique monétaire plus tôt que leurs homologues des marchés développés. Cette situation a entraîné une dérive des cotes à la hausse, ce qui témoigne de l’amélioration de la qualité du crédit, à mesure que la situation financière et la crédibilité institutionnelle continuent de s’améliorer chez certains émetteurs (figure 3).
L’amélioration du contexte fondamental a soutenu les marchés émergent
Nous avons observé un certain nombre d’évolutions positives dans les marchés émergents, en particulier par rapport aux marchés développés. Par exemple, les écarts de taux des titres de créance des marchés émergents par rapport aux swaps sont en baisse depuis le début de 2023 (figure 4). En revanche, l’écart entre les taux des obligations du Trésor américain et les swaps s’est agrandi au cours de la même période, principalement en raison du fait que le déficit budgétaire américain demeure très élevé et que le niveau d’endettement du gouvernement américain continue d’augmenter.
Conformément à ces tendances, la volatilité des taux de rendement des marchés développés a considérablement augmenté au cours des dernières années. En particulier, le statut de valeur refuge du marché des titres du Trésor américain a été remis en question au cours des derniers mois, en raison de certaines préoccupations à l’égard de la crédibilité du cadre de la politique monétaire américaine. Dans ce contexte, il convient de souligner que la volatilité des taux de rendement des titres de créance des marchés émergents est maintenant nettement inférieure à celle des titres de créance des marchés développés, ce qui laisse entrevoir une diminution des risques à l’échelle mondiale, qui passeront des marchés émergents aux marchés développés (figure 5)..
Arguments en faveur d’une diversification mondiale dans un contexte de risque fragment
Les sources de risque à l’échelle mondiale se sont multipliées, et les sociétés qui servent habituellement à diversifier les portefeuilles sont devenues moins fiables. Les investisseurs doivent composer simultanément avec des défis et des risques, notamment la fragmentation géopolitique, l’intensification des préoccupations budgétaires, la dynamique d’inflation persistante, les tensions liées au crédit privé, les perturbations liées aux changements climatiques et les pressions démographiques (figure 6). Ce contexte a suscité un intérêt accru pour les catégories d’actif susceptibles de produire des résultats macroéconomiques et des sources de risque et de rendement différenciés. Les titres de créance des marchés émergents offrent un accès à un large éventail de modèles de croissance, de cadres de politiques monétaires et de cycles économiques propres à chaque pays, ce qui réduit la dépendance à l’égard d’un petit nombre de facteurs liés aux marchés dévelop.
Les titres de créance des marchés émergents ne font plus qu’amplifier les risques de marché des titres de créance des marchés développés, elles procurent une exposition différenciée
Parallèlement à l’amélioration des données fondamentales, le comportement des titres de créance des marchés émergents au sein des portefeuilles mondiaux a changé. Dans le passé, les titres de créance des marchés émergents étaient considérés comme une catégorie d’actif à bêta élevé. Toutefois, il convient de noter que le bêta des titres de créance des marchés émergents par rapport aux titres de créance américains de catégorie investissement a diminué au cours de la dernière décennie et est actuellement inférieur à 1 (figure 7). Cette tendance baissière pourrait refléter une base d’investisseurs plus large et plus diversifiée, un approfondissement des marchés locaux et une réduction de la vulnérabilité aux chocs de financement externes. Ce changement améliore le rôle des titres de créance des marchés émergents en tant que facteur de diversification des portefeuilles, et permet aux investisseurs d’exprimer leurs points de vue sur les titres de créance mondiaux, plutôt que de simplement amplifier le risque de crédit américain. Nous excluons de cette analyse le segment des titres de créance des marchés émergents le moins bien coté, puisque ceux-ci reposent principalement sur des facteurs idiosyncrasiques et ont donc un bêta beaucoup plus faible que celui des titres américains de catégorie investissement.
Une répartition stratégique exige une exposition sélective
À mesure que les titres de créance des marchés émergents prennent une place stratégique au sein des portefeuilles, la sélectivité devient de plus en plus importante. Nous croyons que la stratégie de placement appropriée consiste à favoriser les titres de créance souverains soutenus par des données fondamentales solides ou en amélioration. La stabilité macroéconomique, la crédibilité du cadre de la politique monétaire et la solidité des positions budgétaires et externes sont des piliers clés de notre processus fondamental de sélection des titres de créance. Fait important, notre approche évite les marchés des titres de créance souverains des marchés émergents où les risques macroéconomiques et les vulnérabilités ne présentent pas un profil risque-rendement intéressant. La bonne nouvelle est que les marchés émergents mondiaux offrent de nombreuses occasions de bâtir un portefeuille diversifié soutenu par de solides paramètres fondamentaux en ce moment. Notre principal objectif de placement est d’utiliser la sélection des pays fondée sur l’analyse des données fondamentales pour produire un rendement excédentaire tout au long d’un cycle de placement complet, en mettant l’accent sur la gestion du risque de baisse
La gestion du risque est également un pilier essentiel de notre processus de placement. Compte tenu de l’importance et de l’ampleur des risques auxquels les investisseurs sont confrontés à l’échelle mondiale, nous croyons que la gestion du risque de baisse doit être la pierre angulaire de toute approche de placement stratégique à l’égard des titres à revenu fixe des marchés émergents. Cela est particulièrement pertinent en période de tensions ou de chocs liés à l’aversion pour le risque, lorsque les titres de créance souverains des marchés émergents qui ne sont pas soutenus par une position fondamentale solide sont susceptibles de subir de fortes pressions du marché. L’accent mis sur la qualité fondamentale du crédit, combiné à une gestion active du risque, est essentiel pour composer efficacement avec ces contextes.
Conclusion
L’univers des titres à revenu fixe mondiaux connaît une évolution structurelle importante. Les marchés développés ne sont plus perçus comme le point d’ancrage essentiel de la stabilité, et les valeurs refuges traditionnelles font l’objet d’une réévaluation. Grâce à des données fondamentales plus solides, à une base d’investisseurs plus résiliente et à une baisse structurelle du bêta des titres de créance des marchés développés, les titres de créance des marchés émergents sont de plus en plus positionnés pour servir de pondération de base dans les portefeuilles de titres à revenu fixe mondiaux. Dans ce contexte mondial en évolution, les titres de créance des marchés émergents offrent des sources de rendement diversifiées à un moment où la diversification est de plus en plus valorisée. Pour les investisseurs à long terme, la question n’est plus de savoir s’il faut investir dans les titres de créance des marchés émergents de façon tactique, mais plutôt de déterminer comment les intégrer de façon stratégique. À notre avis, une approche sélective fondée sur les données fondamentales, conjuguée à une gestion rigoureuse du risque, est essentielle pour tirer parti des avantages de cette évolution.
Les marchés émergents peuvent présenter moins de structure, de profondeur et de surveillance en ce qui concerne la réglementation, les opérations et les dépositaires, ainsi que plus d’instabilité politique, sociale, géopolitique et économique que les marchés développés.
Les placements dans des titres de créance peuvent perdre de la valeur en raison du déclin de la qualité du crédit de l’émetteur, de l’emprunteur, de la contrepartie ou d’une autre entité responsable du remboursement, des actifs sous-jacents ou de l’évolution du contexte économique ou politique, de la situation de l’émetteur ou d’autres conditions, ou à la perception à l’égard de ces facteurs. Certains types de titres de créance peuvent être plus sensibles à ces facteurs, et donc plus volatils. Par ailleurs, les titres de créance comportent des risques de taux d’intérêt (habituellement, quand les taux d’intérêt grimpent, les cours baissent). Par conséquent, la valeur du portefeuille pourrait diminuer en période de hausse des taux d’intérêt.
Les points de vue exprimés dans le présent rapport sont ceux de MFS et peuvent changer sans préavis. Ces points de vue ne doivent pas être considérés comme des conseils en placement ni des recommandations de titres et ils n’indiquent pas une intention de négocier de la part du conseiller. Le rendement passé n’est pas garant du rendement futur. Les prévisions ne sont pas garanties.
La diversification ne garantit pas un gain ou une protection contre les pertes.