En résumé
- Les taux à long terme augmentent en raison de la forte hausse de la demande de capitaux.
- Les années 2010 exigeaient peu de capitaux; l’économie actuelle en exige beaucoup.
- La hausse des taux à long terme reflète un changement structurel du cycle du capital, et pas seulement une évolution de la politique de la Fed.
Pourquoi les taux d’intérêt américains à long terme augmentent-ils?
La réponse s’articule habituellement autour de la Réserve fédérale américaine (Fed), des données sur l’inflation ou de la dernière annonce de politique monétaire. Ces facteurs sont importants, en particulier sur des périodes plus courtes. Mais ils peuvent masquer le changement structurel plus important qui s’opère en profondeur.
Le monde a besoin de plus de capitaux
La Fed fixe le taux du financement à un jour et influe sur les conditions financières. Elle ne détermine toutefois pas à elle seule le taux d’une obligation du Trésor américain à 10 ans. Les taux à long terme reflètent également les attentes en matière de croissance et d’inflation, l’équilibre entre l’épargne et les placements, ainsi que la rémunération exigée par les investisseurs pour immobiliser des fonds pendant une décennie.
De la baisse à la hausse de la demande de capitaux
Comme nous l’avons déjà écrit, les années 2010 ont été une période de baisse de la demande de capitaux. Les sociétés ont externalisé leur production, optimisé leurs chaînes d’approvisionnement mondiales et adopté de plus en plus des modèles d’affaires nécessitant peu d’actifs. Les logiciels ont remplacé le matériel. La propriété intellectuelle a remplacé les usines. De nombreuses entreprises ont accru leurs bénéfices sans augmenter proportionnellement leurs investissements dans leurs capacités de production.
Au lieu d’être investis dans de nouvelles usines, des systèmes électriques ou des chaînes d’approvisionnement, les capitaux étaient souvent redistribués aux actionnaires.
Bref, la demande de financement est demeurée modeste par rapport à l’épargne disponible à l’échelle mondiale, ce qui a contribué à maintenir les taux d’intérêt réels et les taux obligataires à long terme à de faibles niveaux. Les banques centrales ont renforcé ce contexte, mais elles n’en ont pas créé les fondements économiques.
Le contexte actuel est presque l’inverse.
Des capitaux considérables sont investis dans les centres de données, les installations de fabrication de semi-conducteurs, la production d’électricité, les réseaux de transport d’électricité, les capacités de défense, les usines de fabrication et le renforcement des chaînes d’approvisionnement. Bon nombre de ces investissements sont nécessaires sur le plan stratégique, s’inscrivent dans la durée et ne devraient pas être rapidement annulés. Ils nécessitent aussi des ressources considérables en argent, en main-d’œuvre, en énergie, en équipement et en temps.
Et tous ces investissements se font simultanément.
Lorsque la demande d’investissement augmente par rapport à l’épargne disponible, elle exerce une pression à la hausse sur le coût du capital. Les taux d’intérêt élevés à long terme ne doivent donc pas être considérés uniquement comme une réaction à la prochaine décision de la Fed, mais aussi comme un signal du marché reflétant une économie qui exige davantage de capitaux.
Graphique 1:
L’IA agit à la fois en amont et en aval
L’intelligence artificielle est au cœur de ce changement, car elle influe à la fois sur l’amont et l’aval du cycle du capital.
En amont, le développement de l’IA nécessite des investissements considérables dans des infrastructures physiques. La technologie peut sembler immatérielle, mais l’infrastructure qui la soutient ne l’est pas. Les centres de données, les puces, la mémoire, l’électricité, le refroidissement et les réseaux exigent tous beaucoup de capitaux.
En aval, l’IA réduit les barrières à l’entrée et permet à de nouveaux concurrents de menacer les sources de bénéfices établies.
Les sociétés pourraient donc devoir engager davantage de capitaux pour croître ou simplement préserver leurs bénéfices actuels, alors même que la concurrence rend les rendements de ces capitaux moins certains.
Ce que cela signifie pour les investisseurs
Certaines sociétés tireront des rendements intéressants de leurs investissements. D’autres dépenseront massivement simplement pour protéger leur part de marché et leurs marges bénéficiaires. La différence entre les deux devrait devenir de plus en plus visible.
C’est pourquoi la hausse des taux, l’évolution des meneurs du marché et les occasions offertes par la gestion active ne sont pas des phénomènes distincts. Ce sont des expressions différentes du même changement de régime.
La dernière décennie a récompensé les sociétés capables de croître en mobilisant peu de capitaux supplémentaires tout en préservant des sources de bénéfices exceptionnellement durables. Cette prochaine phase pourrait permettre de distinguer les sociétés encore capables de faire fructifier leur capital à des taux de rendement intéressants de celles qui sont contraintes de dépenser simplement pour se protéger de nouvelles menaces concurrentielles.
Les taux sont le symptôme. Le cycle du capital en est la cause. Et ce cycle semble fondamentalement différent du précédent.
Tous les placements comportent certains risques, notamment la possibilité de perdre le capital investi.
Les points de vue exprimés sont ceux du ou des auteurs et peuvent changer sans préavis. Ils sont fournis à titre indicatif seulement et ne doivent pas être considérés comme une recommandation d’achat d’un titre, une sollicitation ou un conseil en placement. Les prévisions ne sont pas garanties. Le rendement passé n’est pas garant du rendement futur.
Auteur
Robert M. Almeida
Gestionnaire de portefeuille et
stratège en placements mondiaux