Ce que les clients demandent : le pétrole, l’Iran et ce qui nous attend

Le prix du pétrole et son incidence sur les portefeuilles sont une préoccupation centrale pour les investisseurs. Dans le cadre d’une discussion sur la volatilité au sein du secteur de l’énergie, Sean Kenney, chef, Distribution mondiale chez MFS, s’entretient avec Elizabeth McGuire, cheffe de l’équipe du secteur de l’énergie. Les deux discutent des raisons pour lesquelles il est important de se concentrer sur les données fondamentales de l’industrie plutôt que sur les fluctuations des prix à court terme lors de l’élaboration de stratégies de placement résilientes.

Sean Kenney :

Bonjour. Nos conseillers clients nous ont posé beaucoup de questions provenant de leurs clients concernant ce qui se passe dans le secteur de l’énergie. Pour analyser certaines de ces questions, nous avons pensé à parler à l’une de nos expertes chez MFS, Elizabeth McGuire. Elizabeth est cheffe de l’équipe du secteur de l’énergie chez MFS et l’une de nos expertes résidentes. Elle comprend vraiment ce qui se passe dans le secteur de l’énergie.

Alors, Elizabeth, merci de vous joindre à moi. Ce que nous pensions faire était de poser quelques questions et mettre en contexte certaines des conversations importantes que nos clients cherchent à avoir avec leurs clients. Elizabeth nous aidera à vous fournir des points de vue.

Je vais donc entrer directement dans le vif du sujet et poser quelques questions rapides, afin que nous puissions clore les choses en grand. La première question que bon nombre de nos clients posent sur le prix du pétrole concerne la quantité de barils que les États-Unis doivent stocker dans un conflit comme celui-ci. Mais nous ne sommes pas des négociateurs de produits de base. Nous sommes des investisseurs à long terme. En tant qu’investisseurs à long terme, étant donné que le pétrole est si volatil, comment voyons-nous les prix du pétrole et du gaz, alors que nous évaluons les sociétés du complexe énergétique?

Elizabeth McGuire :

Oui. Oui, non, c’est une excellente question, car évidemment ce sont les prix des produits de base, et en tant que spécialistes de l’analyse fondamentale, notre travail consiste à prévoir le montant d’argent qu’une société gagnera, et ce chiffre varie considérablement selon le prix du produit de base. Nous tentons donc de normaliser en utilisant un prix de milieu de cycle pour le produit de base et nous aurons ce que nous appelons un document relatif aux prix de milieu de cycle où différents analystes qui couvrent différents segments de la chaîne normaliseront en quelque sorte leurs modèles d’évaluation pour le pétrole à 70 $, le gaz à 4 $, ou les écarts de raffinage à 15 $. C’est ainsi que nous aborderons l’évaluation selon ces prix, et pas nécessairement selon le prix au comptant ou ce que la courbe des prix à terme indique, etc.

Sean Kenney :

D’accord. Vous avez mentionné que nous avons tendance à utiliser ce taux de la moyenne à long terme. Est-ce qu’il nous arrive de dévier de cette approche? Qu’est-ce qui nous inciterait à modifier cette hypothèse dans les modèles?

Elizabeth McGuire :

Oui. Lorsqu’il y a des changements structurels dans les données fondamentales d’une industrie qui, selon nous, seront persistants, nous modifierons absolument cette hypothèse. Nous ne la modifierions pas si le prix au comptant grimpait en raison d’un changement temporaire. Au cours du dernier mois, nous avons pensé à deux segments du secteur de l’énergie où certains des changements que nous observons pourraient être à long terme et de nature plus structurelle, et qui nous ont conduits à modifier ce cadre d’évaluation de milieu de cycle. Et ce n’est pas vraiment lié au prix du baril de pétrole. Le GNL est l’un de ces segments où l’offre a été détruite au Qatar et où l’offre dont l’arrivée était planifiée pour les prochaines années sera retardée en raison du conflit. Cela bonifiera peut-être la valeur accordée aux actifs de GNL en Amérique du Nord par rapport à l’évaluation historique, avec potentiellement un prix du GNL structurellement plus élevé que nous le pensions il y a un mois.

C’est l’un des sujets que nous avons abordés lors de la réunion de notre équipe du secteur de l’énergie ce matin, au sujet du GNL. Il y a en quelque sorte des actions qui s’y dédient entièrement, mais c’est un produit de base que toutes les grandes sociétés produisent également. C’est donc un domaine où nous pensons qu’un changement structurel à long terme pourrait se produire. L’autre aspect que j’aimerais souligner est le raffinage, où les répercussions des situations au Venezuela et en Iran, en ce sens que l’écart de raffinage de milieu de cycle, nous parlons de lorsqu’ils raffinent un baril de pétrole, les barils de pétrole qui sortent du Venezuela ont des marges plus élevées, sont de meilleurs barils mixtes pour les raffineurs.

Maintenant, ils s’en vont vers nous et moins vers la Chine. Ensuite, en Iran, la hausse des prix du gaz en raison de ce conflit signifie que les raffineurs européens ont une courbe des coûts plus accentuée, ce qui fera augmenter le coût mondial du raffinage. Encore une fois, cela ajoute à la valeur des actifs de raffinage en Amérique du Nord. Ce sont donc deux domaines où nous pensons que cela pourrait être de nature à long terme, même si le prix du pétrole retombe.

Sean Kenney :

D’accord. Il est donc juste de dire, je veux dire, nous sommes des investisseurs à long terme. Nous pensons à ces placements sur de longues périodes, mais nous ne faisons pas l’autruche à l’égard du prix du pétrole. C’est un élément qui est pris en compte, mais nous examinons les répercussions structurelles à long terme avant de modifier les modèles et les hypothèses. C’est juste?

Elizabeth McGuire :

Oui.

Sean Kenney :

D’accord. La dernière question porte sur l’incidence des prix de l’énergie sur différentes choses. D’abord, il y a moins d’argent dans les poches des gens pour effectuer des dépenses discrétionnaires, comme partir en voyage ou participer à des loisirs, mais la situation fait également augmenter le prix de l’énergie et du pétrole pour le secteur aérospatial. En tant qu’analyste du secteur aérospatial, je serais curieux de savoir ce que vous en pensez. Encore une fois, pensez-vous qu’il s’agit de risques transitoires ou de facteurs plus durables à long terme pour les portefeuilles?

Elizabeth McGuire :

Oui. La hausse du prix du carburéacteur est absolument importante pour les actions du secteur aérospatial. Principalement, je suppose que nous pensons que l’incidence se fera surtout sentir sur le marché secondaire, donc moins sur l’équipement d’origine, du côté de l’aérospatiale, mais le marché secondaire commercial de l’aérospatiale est en surchauffe depuis les années qui ont immédiatement suivi la pandémie, car certains des fournisseurs d’équipement d’origine ont eu de la difficulté à ramener la production au niveau d’avant la pandémie. Nous avons donc une très vieille flotte aérienne qui consacre beaucoup d’argent à l’entretien. Et maintenant, avec un prix du pétrole plus élevé et son incidence négative sur la rentabilité des compagnies aériennes, nous pourrions observer une diminution des dépenses d’entretien, ou du moins un ralentissement du taux de croissance des dépenses d’entretien. Je m’attarderais donc aux actions du côté commercial, et j’ajouterais que ces dernières se négocient à des évaluations plutôt élevées. Toute fluctuation des données fondamentales aurait donc une incidence démesurée sur le cours de l’action.

Sean Kenney :

D’accord. Et qu’en est-il de la demande de voyages vers des régions comme le Moyen-Orient, par exemple, qui a historiquement été une région prisée par les voyageurs?

Elizabeth McGuire :

Oui.

Sean Kenney :

Qu’est-ce que vous entrevoyez là?

Elizabeth McGuire :

Oui, le trafic aérien au Moyen-Orient est assurément en baisse, et il s’agit d’une région en croissance considérable pour le transport aérien, si on regarde le taux de croissance là-bas par rapport aux autres régions du monde. C’est également un domaine où les moteurs aérospatiaux représentent une part importante du marché secondaire, c’est une région chaude et difficile. Les moteurs qui y sont utilisés nécessitent plus d’entretien. Cela y cause une incidence démesurée. Encore une fois, tout dépend de la durée et si les prix du pétrole reculent demain; ce n’est peut-être pas un scénario catastrophique pour ces sociétés, mais c’est, je dirais, pour une industrie qui est fondamentalement très solide depuis plusieurs années, quelque chose qui donne matière à réflexion.

Sean Kenney :

Et un thème que vous cherchez à ajouter dans les portefeuilles pour les clients.

Elizabeth McGuire :

Oui, absolument.

Sean Kenney :

Nous avons donc parlé de plusieurs choses. Y a-t-il quelque chose dont nous n’avons pas parlé et qui, selon vous, pourrait intéresser nos clients?

Elizabeth McGuire :

En ce qui concerne le dernier point lié à l’aérospatiale, nous avons davantage privilégié les fournisseurs d’équipement d’origine dans notre positionnement depuis des années, selon ces attentes que le marché secondaire ralentirait. Je dirais que cette situation ne fera qu’accélérer cela, voire l’amplifier.

Sean Kenney :

D’accord. Eh bien, merci de votre temps. Merci pour les points de vue. Nous espérons qu’ils vous seront utiles. Si vos clients vous posent des questions sur lesquelles vous voulez en savoir plus, veuillez communiquer avec votre grossiste de MFS. Nous nous ferons plaisir de vous fournir les renseignements dont vous avez besoin pour servir vos clients. Nous vous remercions de la confiance que vous témoignez envers MFS et nous apprécions ce partenariat.

 

 

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