Le retour des faucons?

Point de vue mondial de Pilar Gomez-Bravo, cochef des placements, Titres à revenu fixe

Benoit Anne : Oui. Bien sûr, votre travail consiste toujours à chercher une certaine dispersion ou un certain décalage, et vous venez de mentionner des secteurs. Y a-t-il des secteurs particuliers qui retiennent votre attention, qui se démarquent peut-être de la moyenne, ou est-ce ainsi que vous envisagez les choses, ou s’agit-il plutôt d’un processus de sélection de titres?

Pilar Gomez-Bravo : C’est un processus bien équilibré, alors nous y réfléchissons sous différents angles. Je pense que si vous prenez une vue d’ensemble, nous pensons aux paramètres fondamentaux, aux valorisations et aux facteurs techniques, n’est-ce pas? Dans le positionnement des titres à revenu fixe, l’offre et la demande sont importantes.

Je pense qu’en ce qui concerne les secteurs, il y a certains marchés, comme celui des titres de catégorie investissement, où la dispersion sectorielle n’est pas si élevée, mais où la dispersion entre les titres américains et les titres de catégorie investissement euro pourrait être plus grande, n’est-ce pas? En ce qui concerne les titres à rendement élevé, la dispersion est un peu plus grande, mais elle est principalement attribuable à la qualité. Nous ne recommandons pas pour autant de surcharger les portefeuilles avec les titres à trois C, mais il pourrait y avoir une certaine différenciation dans certains secteurs des titres à rendement élevé qui pourraient être plus touchés par le commerce des logiciels et de l’IA sur ce segment.

Dans quels secteurs avons-nous cherché des occasions plus intéressantes? Depuis le détroit d’Ormuz, le secteur de l’énergie est devenu de plus en plus intéressant pour nous, car nous savons que les bénéfices seront positifs et que les valorisations ont été relativement intéressantes par rapport aux autres secteurs. Nous avons accru notre exposition à certains titres de créance émis par certaines sociétés de développement commercial que les analystes préfèrent. Il s’agit donc d’une combinaison entre la sélection de titres et une stratégie sectorielle axée sur les déséquilibres, n’est-ce pas? Au sein de l’IA, nous préférons parler aux différents gestionnaires de portefeuille des différentes catégories d’actifs pour leur demander « où pouvons-nous en avoir le plus pour notre argent dans une unité de risque de l’IA », n’est-ce pas? Et ce pourrait être avec certains types de transactions de financement de projets, plutôt qu’avec des transactions de catégorie investissement de 30 ans seulement.

Je pense donc qu’il s’agit d’une combinaison de certains secteurs défensifs en ce qui a trait à la préparation des titres financiers à la hausse sur le plan de la qualité, tout en continuant d’apprécier les services aux collectivités, l’énergie et pas nécessairement les titres très cycliques comme l’automobile. Mais en travaillant vraiment en étroite collaboration avec les analystes pour repérer, vous savez, dans ces thèmes, où se trouvent les meilleures occasions du point de vue de la sélection des titres et de la sélection des émetteurs?

Benoit Anne : Oui, on va rester dans le même thème et peut-être maintenant se pencher sur une vue d’ensemble de la façon dont vous orienteriez vos positions dans le cadre de votre mandat multisectoriel mondial, si cela vous semble logique.

Pilar Gomez-Bravo : Oui. Donc, encore une fois, dans ce contexte mondial, si l’on considère les trois thèmes ou marchés clés que nous abordons, à savoir les taux d’intérêt, la répartition de l’actif et, dans une certaine mesure, le marché des changes, même si nous ne prenons pas de risques importants liés au marché des changes dans nos portefeuilles. En ce qui concerne les taux, nous avons légèrement sous-pondéré la duration globale au cours des derniers mois, mais pas de façon importante. Comme je l’ai mentionné, nous avons exprimé davantage de positions dans certains marchés où nous pourrions avoir une petite partie des positions à long terme sur le marché des obligations d’État japonaises, toujours sous-pondérés au Japon, mais nous pourrions tout de même ajouter une certaine exposition à court terme en Australie, sans nécessairement prendre en charge la duration. Il s’agit donc de sous-pondérer légèrement la duration du portefeuille en la ramenant à un niveau neutre dans l’ensemble, mais aussi de vraiment tenter de mettre davantage l’accent sur le pays et les courbes, comme je l’ai mentionné plus tôt.

En ce qui a trait à la répartition de l’actif, nous continuons de privilégier le rendement des titres de créance. Nous continuons donc de surpondérer certains titres de créance, même si cette surpondération n’est pas maximale pour certaines de nos expositions aux titres de créance. Nous avons tendance à sous-pondérer les titres à rendement élevé par rapport aux titres neutres des différents mandats que nous gérons et qui peuvent acheter des titres à rendement élevé. Mais ce que nous avons demandé, c’est d’obtenir un peu plus de rendements de nos placements en titres à rendement élevé en travaillant avec les analystes pour obtenir une plus grande concentration et une plus grande confiance dans certains de ces segments à duration courte du marché des titres à rendement élevé.

Dans les marchés émergents, nous avons tendance à préférer les titres souverains, pas nécessairement parce que nous n’aimons pas les obligations de sociétés, mais nous croyons que nous préférons les liquidités à ce stade-ci. Nous voulons être les fournisseurs de liquidités en cas de correction du marché, et de toute évidence, les titres à revenu fixe sont hors cote. Nous devons donc préserver la liquidité des portefeuilles. Donc, dans les marchés émergents, cette exposition aux obligations d’État nous procure plus de liquidités que les obligations de sociétés. De plus, nous préférons avoir un peu plus de placements croisés dans les marchés émergents que de titres de qualité supérieure. Nous continuons donc de privilégier les obligations de catégorie investissement par rapport aux obligations à rendement élevé et d’être en mesure d’avoir une plus grande exposition à [inaudible].

Prêts hypothécaires, que nous utilisons comme source de fonds. Nous ne croyons pas que la baisse des taux puisse être plus prononcée qu’elle ne l’a été. Par conséquent, c’est un autre élément qui ne nous incite pas à avoir beaucoup de prêts hypothécaires dans notre portefeuille. Nous préférons financer d’autres occasions plus intéressantes à partir du capital hypothécaire que nous avons eu et de l’exposition à ces titres.

Enfin, l’une des questions sur lesquelles nous nous penchons actuellement est la suivante : depuis un certain temps déjà, nous sous-pondérons le dollar américain à des degrés divers, et nous envisageons peut-être de réduire légèrement cette sous-pondération, compte tenu de l’évolution de la dynamique de la politique monétaire et du fait que bon nombre d’acteurs restent assez pessimistes à l’égard du dollar américain.

Benoit Anne : Oh, très bien. Nous avons reçu plusieurs questions de clients; j’en ai donc sélectionné deux à vous soumettre. Nous pourrions commencer par le prix du pétrole. Pensez-vous que le prix du pétrole peut revenir à son niveau d’avant la guerre en Iran, qui était d’environ 60 $?

Pilar Gomez-Bravo : Je pense que c’est possible, mais cela dépend beaucoup de la résolution du choc de l’offre au Moyen-Orient. Je crois que si vous avez commencé l’année, c’était en vous attendant à ce que l’un des axes prioritaires de la politique de la Maison-Blanche soit la réduction des coûts énergétiques, n’est-ce pas? Parmi les cinq piliers de la politique que l’on envisageait peut-être – l’immigration, les droits de douane et d’autres questions –, l’énergie en faisait partie. Nous avons donc commencé l’année en pensant que le cours pourrait descendre sous la barre des 60 $ d’ici la fin de l’année, notamment à l’approche d’une année électorale, mais aussi en raison de l’offre, n’est-ce pas? La surabondance de l’offre que nous allions avoir dans les secteurs du GNL et du pétrole.

Cela a été faussé par ce qui se passe maintenant avec l’accès physique au produit de base lui-même, et on ne sait toujours pas si cela va se régler ou non. Si l’on part du scénario le plus optimiste, à savoir que tout revient immédiatement à la normale, il se pourrait que les contrats à terme reflètent ce niveau de prix du pétrole; mais je pense qu’il est vraiment difficile d’imaginer que cela se produise rapidement, ne serait-ce qu’en raison des revirements incessants dans les manchettes concernant la situation dans le détroit d’Ormuz. Je pense donc, encore une fois, que dans le secteur des titres à revenu fixe, nous n’avons aucun potentiel de hausse et que les risques de baisse sont nombreux; nous préférons donc nous assurer que cette perspective de transit par le détroit d’Ormuz se concrétise et que les stocks soient reconstitués. Puis, de toute évidence, les derniers rapports de l’agence internationale montrent une surabondance de l’offre. Et si vous pensez que le resserrement de la politique monétaire ou le prix du pétrole a entraîné une certaine destruction de la demande, vous vous attendez à ce que la baisse de la demande et la hausse de l’offre entraînent une baisse du prix du pétrole.

Je pense donc que la tendance est à la baisse du prix du pétrole, mais cela ne signifie pas que demain, nous n’aurons pas de manchettes qui annoncent la flambée du prix du pétrole, et c’est cette trajectoire qui est vraiment difficile à prévoir, même si à long terme, vous diriez qu’une fois cette situation résolue, on revient à une situation où le prix du pétrole baisse.

Benoit Anne : Oui, très bien. Une autre question concerne le dollar américain, et je sais que vous en avez parlé plus tôt, mais comme la Fed est un peu plus ferme, cela change-t-il fondamentalement notre point de vue sur le dollar américain à l’avenir?

Pilar Gomez-Bravo : Je pense qu’il y a deux éléments à considérer. Il y a un scénario à long terme, puis un scénario cyclique, n’est-ce pas? Je pense que, d’un point de vue cyclique – c’est ce que j’évoquais –, il serait peut-être judicieux, dans notre cas, de réduire quelque peu cette sous-pondération dans nos portefeuilles, principalement parce que le DXY semble avoir atteint un plancher en matière de positionnement, et que pratiquement tout le monde reste donc pessimiste. Mais cela reflète davantage la paire euro-dollar.

Et pour revenir à la discussion que nous avons eue plus tôt au sujet des différentes politiques monétaires qui sont mises en œuvre, je pense qu’il y a un argument à faire valoir, surtout en ce qui a trait aux attentes de croissance. Si l’on examine les indices des directeurs d’achats en provenance d’Europe ce matin, qui ont été plutôt faibles, on s’attend à ce que cet écart de croissance, combiné à l’écart entre les politiques monétaires, la BCE ne pouvant peut-être pas faire grand-chose de plus contrairement à la Fed, laisse entrevoir une appréciation du dollar. Sur le plan cyclique, nous sommes donc enclins à ajouter une exposition au dollar américain. Je pense toutefois que ces thèmes à long terme sont toujours présents, et je conseillerais de ne pas surpondérer le dollar américain à long terme, car je crois que certains des éléments qui freinent toujours la vigueur du dollar américain sont susceptibles de perdurer. Mais d’un point de vue cyclique, je dirais que oui, nous sommes plus à l’aise avec l’ajout d’une exposition au dollar.

Benoit Anne : Eh bien, excellent.

Pilar Gomez-Bravo : De plus, je pense que c’est utile en tant que position non risquée. Donc, toutes choses étant égales par ailleurs en ce qui a trait à l’aversion pour le risque, comme nous l’avons vu en mars, cela favoriserait également un peu plus de dollars.

Benoit Anne : Eh bien, excellent. Merci beaucoup. Voilà qui conclut notre webémission Pleins feux sur les titres à revenu fixe. Merci, Pilar. Et chers clients, si vous avez des questions de suivi pour nous, n’hésitez pas à communiquer avec nous, et nous serons heureux de vous répondre. Je vous remercie.

 

Les points de vue exprimés sont ceux du conférencier et peuvent changer sans préavis. Ces points de vue ne doivent pas être considérés comme des conseils en placement, des recommandations de titres ou une indication d’intention de négociation à l’égard de tout produit de placement de MFS. Les prévisions ne sont pas garanties.

   

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